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« La durabilité de l’emploi se traduit également dans le mode de gestion de l’entreprise qui le crée »

Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen et députée européenne (ALE/Verts), a accepté de répondre aux questions de Travailler Ensemble à l’occasion de ce numéro spécial sur l’emploi durable. Isabelle Durant aspire à une Europe plus sociale.

Sur son site internet, elle explique comment elle a contribué à aboutir à un accord avec le Parlement européen et la Commission en 2001 sur le temps de travail des chauffeurs routiers : « Le social, c’est toujours pour après. On libéralise et dérégule d’abord » dit-elle « et dans le meilleur des cas, on voit ensuite quelles sont les conséquences pour les travailleurs, leur santé, la sécurité. C’est ça aussi l’Europe sociale ». Voyons ce qu’Isabelle Durant pense d’une Europe où les entreprises seraient plus soucieuses de leurs travailleurs.

Question : La notion de durabilité de l’emploi est totalement absente des politiques européennes. Pour les coopératives et les entreprises détenues par leurs travailleurs représentées par CECOP, elle constitue leur mission de base. Mais selon vous, comment l’emploi durable peut-il être défini ?

Réponse : La durabilité d’un emploi n’est pas qu’une question contractuelle pour le travailleur qui l’exerce (idéalement à durée indéterminée) mais aussi une question d’objet et d’impact de l’activité à laquelle il contribue sur son environnement territorial, économique, physique, humain. Sa durabilité se traduit également dans le mode de gestion de l’entreprise qui le crée : une gestion prudente, qui anticipe et qui maîtrise son expansion et qui investit dans le capital humain, la formation de tous ses travailleurs.

Q. : Avez-vous déjà été sensibilisée aux coopératives, dans votre vie de citoyenne ou bien comme députée européenne et de quelle manière ?

R. : Absolument. Ici au Parlement européen, diverses coopératives, en particulier dans le domaine de la production agricole et alimentaire prennent contact avec nous dans le cadre de certains des aspects de la future réforme de la politique agricole commune (PAC). Dans un secteur où le revenu du producteur isolé est mis en danger de façon structurelle, l’organisation en coopératives de travailleurs, propriétaires de leur entreprise, est particulièrement indiquée et adéquate. L’adéquation dans ce secteur en difficulté devrait nous amener à rechercher comment un tel modèle peut être utilisé et encouragé non seulement dans les secteurs en reconversion ou suite à la fermeture d’entreprises mais aussi dans les secteurs de petites entreprises innovantes, permettant la création d’emplois nouveaux.

Q. : La reprise d’entreprises en crise ou sans héritiers par leurs travailleurs a déjà permis de sauver de nombreux emplois en Europe. Selon vous, cette modalité ne devrait-elle pas être mieux prise en compte dans les politiques européennes ?

R. : Il est regrettable que la stratégie 2020, sans l’exclure formellement, ne considère cette formule de reprise par les travailleurs que comme un pis-aller…

Q. : Dans leur très grande majorité, les coopératives ont jusqu’ici démontré une meilleure résistance face à la crise par comparaison avec la moyenne des entreprises dans les mêmes secteurs et les mêmes pays. Leur mode de gouvernance et de gestion y sont-ils pour quelque chose selon vous ?

R. : C’est une évidence, ou plus exactement, les entreprises dans des secteurs très exposés à la concurrence et qui pour cette raison ont développé des stratégies de court terme pour survivre à un dumping sauvage, sont celles qui se sont bien plus mises en danger.

Q. : Enfin, si vous décidiez de créer une coopérative, quelle en serait l’activité ?

R. : J’ai déjà participé et suis coopératrice d’une coopérative immobilière à visée sociale, offrant à une dizaine d’associations actives sur le terrain social des locaux partagés, une éthique de travail commun, une plateforme de connaissance et de services. Si je devais en créer une autre, ce serait dans le secteur de la production artistique (cinéma, théâtre, imagerie, nouvelles technologies) : je suis convaincue que dans cette matière qui ne peut se concevoir sans une vraie implication humaine, sans une ligne directrice qui donne du sens, il y a un immense besoin de mise en commun des stratégies et des moyens.


BIO EXPRESS

- 1994-1999 : co-présidente du parti Ecolo en Belgique
- 1999-2003 : vice-première ministre et ministre de la Mobilité et des Transports dans le gouvernement belge de Guy Verhofstadt
- 2004-2009 : réélue en tant que co-présidente du parti Ecolo
- 2009 : élue députée européenne (groupe ALE/Verts) et vice-présidente du Parlement européen


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Qu'est-ce qu'une coopérative

Les coopératives: une solution d’emploi durable !

Une coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d'une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement.

Les entreprises représentées par CECOP sont des entreprises par lesquelles des travailleurs se réunissent pour satisfaire leurs besoins en termes de création et de maintien d’emploi durable, au moyen d’entreprises industrielles ou de services enracinées dans les territoires et orientées dans une stratégie à long-terme. Elles constituent une véritable solution d’emploi durable en Europe: celles-ci se composent de coopératives de travail associé, coopératives sociales et d’autres types d’entreprises détenues par leurs travailleurs.

Les coopératives de travail associé: Les coopératives de travail associé sont des entreprises qui évoluent avec les mêmes contraintes de concurrence, gestion et de rentabilité que toute entreprise. Leur originalité : les travailleurs sont associés majoritaires de l'entreprise dont ils détiennent au moins 51% du capital. En étant associés majoritaires de la coopérative, les travailleurs décident ensemble des grandes orientations de leur entreprise et désignent leurs dirigeants (gérant, conseil d'administration, etc.). Ils décident également du partage des bénéfices qui ont une double vocation : privilégier ceux qui travaillent dans l'entreprise, sous forme de ristournes basées sur le travail effectué, et consolider l’entreprises en pensant aux générations futures par la constitution de réserves qui consolident les fonds propres et garantissent la pérennité de l'entreprise. Comme dans toute coopérative, le contrôle démocratique interne à l’entreprise est basé sur le principe " une personne = une voix ", quel que soit le montant du capital détenu.

Enfin, l'esprit coopératif favorise l'information et la formation des salariés, condition nécessaire pour acquérir l'autonomie, la motivation et l'esprit de responsabilité que requiert un monde économique devenu incertain (source : www.scop.coop).

Les coopératives sociales : Les coopératives sociales sont spécialisées dans la fourniture de services sociaux ou dans la réinsertion par le travail d’ouvriers désavantagés et marginalisés (personnes handicapées, chômeurs de longue durée, ex-prisonniers, personnes souffrant d’addictions, etc.). Elles sont notamment très présentes en Italie, mais se développent également dans les autres pays de l’UE. Elles aussi sont majoritairement détenues par les travailleurs, tout en rendant possible ou obligatoire (selon les législations nationales) la présence d’autres types d’associés (usagers, volontaires etc).

Les autres types d’entreprises détenues par leurs travailleurs : Il existe d’autres typologies d’entreprises détenues par leurs travailleurs. C’est le cas par exemple des Sociétés de Travailleurs en Espagne (en espagnol Sociedades Laborales) qui sont un moteur important d’activités économiques et sociales ayant contribué à la diminution du chômage et au retour d’une croissance soutenue en Espagne.